[Grand Angle] Exploration des enjeux complexes de l’industrie du cacao ivoirien, de la culture de la fève à la production de chocolat.

Des plantations de cacao jusqu’aux délicieuses tablettes, le chocolat séduit les palais et intrigue les esprits, offrant à chaque bouchée une tentation irrésistible. Pourtant, derrière cette exquise douceur se dissimulent des réalités souvent méconnues, des champs aux usines où opère la magie. Au cœur de cette richesse chocolatière en Côte d’Ivoire, plane néanmoins l’ombre de la précarité qui pèse sur les épaules des producteurs, souvent relégués au second plan de cette histoire à succès. Plongée au cœur de cette réalité complexe.

La République de Côte d’Ivoire, située dans la partie occidentale du golfe de Guinée, compte une population de plus de 29 millions d’habitants. Classé à la 17e place africaine des pays les plus riches en 2023, avec un Produit Intérieur Brut par habitant estimé à 7000 dollars, le pays est une véritable puissance économique émergente. Ce succès s’explique en grande partie par des secteurs d’activité dynamiques, notamment le tertiaire, représentant 56% du PIB. Cependant, c’est le secteur primaire, en particulier la filière cacao, qui est l’un des principaux moteurs de l’économie ivoirienne sur la scène internationale. Avec une production annuelle de 2 millions de tonnes, la Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial de fèves de cacao, représentant 45% de la production mondiale. Cette filière joue un rôle essentiel dans l’économie du pays, générant 40% des recettes d’exportation et contribuant entre 15 et 20% au PIB national. Elle emploie également près de 600 000 planteurs et assure les moyens de subsistance de plus de 6 millions de personnes.

À Abidjan, plus précisément dans la commune du Plateau, la Boutique Paysanne, initiée par la Chambre Nationale d’Agriculture de Côte d’Ivoire, promeut et distribue les produits agricoles ivoiriens issus de la transformation artisanale. Cette initiative vise à pallier les pertes post-récolte en encourageant la transformation des produits agricoles locaux et en offrant un espace d’exposition pour leur commercialisation, comme l’explique Félicité Koffi, directrice de la boutique paysanne.

Parmi les produits phares de cette structure figure le chocolat, présenté sous différentes formes telles que tablette, poudre ou fève recouverte de chocolat.

Pour mieux comprendre le processus de fabrication de ce produit, nous nous rendons dans les communes environnantes d’Abidjan, comme Zeredougou et Anoma Bokpli, un campement à deux heures de route de la capitale économique. Cette région est réputée pour sa production de cacao. Sur place, nous assistons à la plantation d’un cacaoyer par Silvain Yao Koffi, technicien agricole, qui explique les différentes étapes de cette culture essentielle à l’économie locale.

Senewebs.com

La période de plantation commence généralement à la fin du mois de mars et se poursuit jusqu’en juillet, coïncidant avec la grande saison des pluies. Il faut attendre entre 3 et 5 ans avant que le cacaoyer ne produise ses premières fleurs. Cet arbre se compose de trois parties distinctes : les racines, le tronc et le feuillage. Environ trois mois plus tard, les futurs cabosses, appelées chérelles, atteindront leur maturité, présentant des teintes jaune verdâtre pour certaines et rouge pour d’autres.

Senewebs.com

L’objectif est de retirer les fèves de l’axe central, appelé rachis, de manière à sélectionner avec précision les cabosses mûres. Ce processus nécessite une précision chirurgicale pour éviter de blesser les fèves, ce qui pourrait altérer leur saveur. Une fois extraites des cabosses, les fèves sont disposées sur des feuilles de bananier agencées en forme triangulaire et inclinées vers un trou. Cette structure traditionnelle est appelée le « nid de fermentation ». Le trou permet de collecter le liquide qui s’écoule du nid, un nectar aux multiples usages et vertus. Il peut être consommé tel quel ou utilisé dans la fabrication de vinaigre ou de produits phytosanitaires.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *